Les County Sports Partnerships, créés en Angleterre au début des années 2000, avaient une mission simple : coordonner les clubs sportifs à l’échelle d’un comté. Depuis, leur périmètre a tellement changé que la plupart ne portent même plus ce nom. Rebaptisés Active Partnerships, ces organismes pilotent aujourd’hui bien plus que le sport organisé. Ils connectent santé publique, éducation, associations et collectivités locales autour d’un objectif commun : rendre l’activité physique accessible à tous, en partant des réalités du terrain.
Du sport organisé à l’activité physique : un changement de logique profond
Pourquoi changer de nom ? Parce que le mandat initial ne correspondait plus à la réalité du travail accompli. Les County Sports Partnerships soutenaient les fédérations locales, aidaient les clubs à recruter des licenciés, organisaient des compétitions. Ce périmètre était centré sur le sport au sens classique.
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Le basculement s’est opéré progressivement. Les Active Partnerships travaillent désormais selon une logique « place-based » centrée sur les inégalités locales. Concrètement, cela signifie que chaque structure adapte ses programmes aux besoins spécifiques de son territoire : quartiers défavorisés, zones rurales isolées, populations vieillissantes.
Un exemple rend cette évolution plus parlante. Dans le comté de Durham, le programme « Move Together » ne se contente pas de proposer des créneaux sportifs. Il identifie d’abord les freins à l’activité physique (transport, coût, isolement social), puis construit des solutions avec les acteurs déjà présents sur le terrain.
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Active Partnerships et NHS : quand le sport devient un outil de santé publique
Vous avez déjà entendu parler du social prescribing ? C’est un dispositif qui permet à un médecin de prescrire une activité non médicale (marche, jardinage, sport collectif) à un patient, au lieu d’un médicament ou en complément d’un traitement. Les Active Partnerships jouent un rôle de passerelle dans ce système.
Des programmes récents liant Sport England et le NHS montrent que ces structures servent d’interface entre le soin et l’activité physique. Le dispositif « Active Talking Therapies », par exemple, intègre l’exercice physique directement dans les parcours de thérapies par la parole proposés par le NHS.
Cette intégration dans les dispositifs de santé change la nature même des County Sports Partnerships. Ils ne sont plus des promoteurs du sport, mais des coordinateurs de parcours de bien-être. La différence est considérable pour les publics les plus éloignés de la pratique sportive : personnes souffrant de troubles anxieux, patients en rééducation, seniors en perte d’autonomie.
Financement décentralisé par Sport England : ce que cela change sur le terrain
Le cadre stratégique national « Uniting the Movement », porté par Sport England, a redéfini la manière dont l’argent public circule vers le sport communautaire. Le financement s’oriente vers un pilotage territorial décentralisé, avec des investissements annoncés sur plusieurs années pour étendre la couverture géographique des partenariats.
Ce modèle confie aux Active Partnerships un rôle d’arbitre local. Ce sont eux qui identifient les priorités, orientent les financements vers les projets les plus pertinents et mesurent les résultats. Voici ce que cela implique en pratique :
- Les clubs sportifs ne négocient plus directement avec Sport England mais passent par leur Active Partnership local, qui connaît le contexte du territoire.
- Les financements ne ciblent plus seulement la performance sportive, mais aussi la réduction des inégalités d’accès à l’activité physique.
- Les collectivités locales disposent d’un interlocuteur unique pour coordonner sport, santé et éducation à l’échelle du comté.
Un rôle de coordination intersectorielle
La fonction la plus distinctive des Active Partnerships aujourd’hui, c’est leur capacité à relier des mondes qui se parlent rarement. Écoles, clubs, prestataires de santé, associations communautaires : chaque Active Partnership agit comme un connecteur entre ces acteurs.
Dans le Sussex, Active Sussex publie chaque année un bilan de son travail auprès des enfants et jeunes, croisant données scolaires, données de santé et données sportives. Ce type de coordination serait impossible sans une structure dédiée à l’échelle locale.

Limites du modèle des County Sports Partnerships
Ce modèle n’est pas sans fragilités. La première concerne la dépendance au financement de Sport England. Si les budgets nationaux diminuent, les Active Partnerships perdent leur capacité d’action, car peu d’entre eux génèrent des revenus propres significatifs.
La deuxième limite touche la mesure de l’impact. Comment prouver qu’une baisse de sédentarité dans un quartier est liée au travail d’un Active Partnership plutôt qu’à d’autres facteurs ? L’évaluation reste un défi méthodologique majeur pour justifier les investissements publics.
Troisième point : le périmètre élargi crée une tension. À force de couvrir santé, éducation, inclusion sociale et sport, ces structures risquent de diluer leur expertise. Un partenariat qui essaie de tout faire peut finir par ne rien faire de façon suffisamment approfondie.
- Dépendance forte aux financements publics nationaux, avec peu de diversification des ressources.
- Difficulté à isoler et mesurer l’impact réel des programmes sur la participation sportive et la santé.
- Risque de dispersion lié à l’élargissement constant du périmètre d’intervention.
Pourquoi ce modèle intéresse au-delà de l’Angleterre
Le principe d’une structure intermédiaire entre l’État et les clubs locaux, capable de piloter des stratégies adaptées à chaque territoire, répond à un besoin que beaucoup de pays partagent. En France, les discussions sur la décentralisation du sport et le rôle des collectivités territoriales posent des questions similaires.
Ce qui distingue les Active Partnerships, c’est leur positionnement à la croisée du sport, de la santé et de l’action sociale. Ils ne se substituent pas aux clubs ni aux collectivités, ils les relient. Ce rôle de connecteur territorial reste rare dans les modèles sportifs européens.
Le gouvernement britannique a récemment exprimé sa volonté de donner aux communautés un contrôle accru sur les investissements liés au sport et à l’activité physique. Si cette orientation se confirme, les Active Partnerships pourraient voir leur rôle renforcé, avec davantage de pouvoir décisionnel transféré à l’échelle locale. Le modèle des County Sports Partnerships, malgré ses limites, a posé les bases d’une approche territoriale du sport communautaire qui continue d’évoluer.

